Les jeunes en situation difficile de Sidi Moumen

● La visite de Martine Aubry, première secrétaire du Parti socialiste français au Centre social de proximité «Oum Kaltoum», à Sidi Moumen de Casablanca, a constitué l’occasion de visiter ce centre qui accueille les jeunes en situation difficile.
● Le mot d’ordre de ce Centre semble être «Prendre confiance en soi».

Des jeunes qui craignent pour leur avenir. Un centre pour les accueillir et les accompagner. Telle est l’ambiance de ce 9 mars à Sidi Moumèn, au Centre social «Oum Keltoum» de Casablanca. «Les jeunes marocains des quartiers défavorisés n’ont pas les mêmes chances de réussite que les autres. Ils se sentent incapables d’aller de l’avant puisqu’on ne cesse de les rabaisser», estime Mohcine Benabid, responsable de l’antenne d’insertion de ce centre. Né de la générosité de la famille Berrada, ce centre reçoit également des aides de la part de mécènes.

En effet, les témoignages de ces jeunes de quartiers sont poignants et la jeunesse de Sidi Moumèn n’est que le reflet de la jeunesse marocaine des zones enclavées. «J’ai un diplôme en sciences économiques et je n’arrive pas à trouver un emploi malgré une recherche active depuis un an. J’avais perdu espoir de trouver quelque chose, mais j’ai rencontré les gens du foyer et M. Mohcine qui m’a aidée à refaire mon CV. Il m’accompagne et me conseille pour trouver ma voie», témoigne Fatima Zohra. «On nous aide à apprendre le français puisque c’est devenu primordial d’avoir un bon niveau en français», explique Khadija, cette autre pensionnaire du Centre. Ainsi, le profil de ces jeunes est différent d’un cas à un autre. Certains n’ont pas de moyens, d’autres n’ont pas de diplômes ou de formation professionnelle, d’autre encore vivent des situations familiales difficiles : «On reçoit des jeunes qui se sentent stigmatisés du fait de leur esprit qui reste bloqué sur le quartier dont ils sont issus. Ils ont retrouvé tout au long du parcours des gens qui les écoutent et les accompagnent. Ce centre constitue pour eux une sorte de repère afin de les aider à trouver un emploi stable en commençant par un contrat à durée déterminée ou formation diplomate qualifiante», explique Mohcine Benabid.

Valeurs citoyennes

Ainsi, la vision du centre est simple puisqu’elle s’articule autour des grands principes de l’éducation et du développement humain, soutenue par une vision qui semble judicieuse : être, savoir, savoir-faire et savoir-être. C’est ainsi que les jeunes sont pris en charge, en leur inculquant les valeurs citoyennes de base, en leur délivrant des outils pour réussir et en développant leur créativité pour qu’ils puissent s’exprimer sans obstacle quelconque. Une main tendue pour libérer l’esprit libre dans un petit corps sain, telle pourrait être la devise du Centre «Oum Keltoum», dont le nom est inspiré par deux grandes dames : «Oum Keltoum», une Marocaine qui a dédié sa vie à aider son prochain et la célèbre diva égyptienne, symbole de réussite et de persévérance qui est partie de rien et constitue donc un exemple pour ces jeunes. Ils ont la force d’y croire…


Avis du spécialiste : Martine Aubry, première secrétaire du PS français

«Un Centre magnifique»

En plus de la femme politique que vous êtes, vous êtes impliquée dans le milieu associatif notamment à travers votre fondation «Face», quels sont les conseils que vous pouvez donner pour améliorer la condition de ces jeunes marocains en milieu défavorisé ?
L’aide arrive dès lors qu’on s’occupe de leur éducation, de leur santé et dès lors qu’on est capable de leur faire confiance. Je pense que ce qui manque souvent à ces jeunes, c’est le respect d’eux-mêmes parce que personne ne leur fait confiance. Et un centre comme celui-ci qui est d’ailleurs magnifique, qui leur donne la fierté d’être là, c’est déjà un premier pas pour qu’ils se retrouvent, qu’ils mettent le pied à l’étrier et qu’ils aient envie d’aller plus loin. Moi je crois beaucoup en la capacité de chacun de prendre sa vie en main, à condition d’être accompagné et d’avoir l’impression qu’on croit en vous. C’est tout à fait l’esprit, je crois, du Centre social «Oum Kaltoum».

La jeunesse en difficulté est au cœur des préoccupations aussi bien en France, dans les banlieues par exemple, qu’au Maroc. Quelle est la place de ce dossier dans votre programme ?
La création d’emploi est ce qui est recherché le plus par la jeunesse au Maroc comme en France. Les jeunes ici ont des diplômes et ne trouvent pas de travail ou pire encore, sont souvent persuadés qu’il n’y a pas de place pour eux. Il faut, par conséquent, mettre l’action sur l’éducation. Nous savons bien que l’école et le problème des petites filles non scolarisées constituent encore un réel problème au Maroc. Il faut adapter les rythmes scolaires en fonction des aptitudes des enfants et donner à chacun sa chance, mais c’est aussi à l’école de s’y adapter. Deuxièmement, il faut immédiatement prendre en main les jeunes qui sont en train de dériver pour essayer de les orienter, de leur donner des règles, mais pas à travers la sanction forcément, mais surtout par la prévention. Là aussi, c’est effectivement ce qui est fait dans ce centre. Ces jeunes sont l’avenir de notre pays et le chômage chez les moins de 25 ans est très élevé en France. À cet effet, nous allons reprendre l’initiative «Emploi jeunes» où 150 000 de jeunes seront embauchés sur des métiers d’avenir. Ce sont les réponses les plus urgentes, après il faut relancer la croissance, créer de l’emploi, etc.

Publié le : 13 Mars 2012 – Jihane Bougrine, LE MATIN. Lire l’article sur Le Matin

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