Aide à l’enfance et formation.

Difficile de comparer le complexe social Oum Kaltoum à un autre, et pour cause. L’impressionnant édifice, qui est en activité depuis quatre mois, abrite quatre organisations non gouvernementales, toutes opérant dans le domaine du social.
Fikria Berrada, directrice de l’association Oum Kaltoum et vice-présidente du complexe, n’en est pas à sa première incursion dans le secteur. Elle a, en effet, présidé l’association L’Heure Joyeuse pendant près de vingt ans, à une époque où le domaine du social «naviguait à contre-courant». Le complexe doit son existence et son nom de Kaltoum à sa défunte mère, dont le souhait était de consacrer l’ensemble de ses biens au mécénat.Une fois l’idée de l’édifice multi-associatif adoptée, sa construction fut élaborée suivant les besoins des ONG retenues. Ces dernières devaient répondre à un certain nombre de critères, parmi lesquels la vocation d’utilité publique ainsi qu’une éthique irréprochable.Le choix du quartier Sidi Moumen s’imposa presque de lui-même. «Ce quartier est un centre névralgique de la désespérance», souligne Fikria Berrada. «Le but de notre action est de redonner leur dignité aux plus démunis et les aider à se prendre en charge. Nous sommes dans une logique d’accompagnement et non d’assistanat.»

Durant la visite des lieux, force est de constater que le complexe Oum Kaltoum s’est donné les moyens de remplir ses objectifs. Les mères célibataires étant de plus en plus nombreuses, l’association SOS Villages, locataire du complexe, propose de s’occuper de leur progéniture, afin d’éviter qu’elle ne soit abandonnée, comme c’est bien souvent le cas. On y trouve une crèche digne de ce nom, avec tout le confort nécessaire aux enfants en bas âge. Quant aux jeunes mères, elles travaillent à l’extérieur du centre, ou bien suivent une formation dispensée en ses locaux. A ce niveau, le relais est assuré par l’association Itqane, qui se charge de la formation aux métiers manuels, sous la houlette de Aziza Jamal, artiste peintre. Divers ateliers de tricot, de broderie, mais aussi de teinture sur soie, d’ébénisterie, ou de peinture sur vitrail, sont également disponibles, afin d’aider à la réinsertion professionnelle des jeunes filles, dont la majorité est analphabète, ce qui nous amène à l’association Amal, qui se propose de remédier à ce problème, dans la mesure de ses moyens.

A l’intérieur, de véritables salles de classe, des cours d’arabe, de français, de calcul et même d’informatique, sont dispensés. «L’apprentissage, à travers ce support, donne souvent des résultats bien plus rapides», selon Abdelmoumen Moukite, président délégué d’Amal. «Au bout de 7 à 9 mois, je recevais des correspondances de certains élèves qui ne savaient ni lire ni écrire auparavant. »Les enfants nécessitant un soutien préscolaire font également partie des préoccupations du complexe. L’association Amesip-Shemsy en a fait son cheval de bataille, en abritant dans ses locaux un véritable centre d’éveil à la lecture et aux activités parascolaires. Le choix des enfants est effectué en deux étapes. Une pré-enquête est menée en premier lieu par des éducateurs habitant les quartiers cibles. Une enquête complémentaire est ensuite faite par l’assistante sociale du complexe, pour déterminer si l’enfant repéré est apte à être pris en charge.

Outre les locaux des différentes associations, le complexe dispose d’un ensemble de services variés, dont une unité médicale composée de plusieurs médecins et infirmières, et opérant dans un dispensaire correctement équipé. Cependant, afin de mener à bien la politique de réinsertion sociale du complexe, il était nécessaire de mettre en place une cellule de soutien psychologique. «Ces gens ont besoin qu’on les écoute, qu’on leur parle, qu’on leur communique un message d’espoir», souligne Fikria Berrada. A cet effet, une aide juridique est également apportée par des bénévoles de la magistrature ou du barreau. D’autres projets sont en cours, dont la transformation d’un immense terrain vague en un centre d’activités sportives qui se situera juste en face du complexe. « Au fil du temps, nous avons vu nos pensionnaires relever la tête. Leurs yeux, naguère remplis de haine, offrent à présent un regard chargé d’espoir.

Nous voulons créer une chaîne de solidarité, faire en sorte que le modèle du complexe Oum Kaltoum soit cloné ailleurs», souligne Fikria Berrada. L’ambiance qui régnait le 23 février dans les locaux du complexe pourrait bien lui donner raison. Ce jour-là, une circoncision en masse d’enfants nécessiteux y a été organisée. Un tel événement étant synonyme de liesse collective, un groupe folklorique était présent afin d’animer la cérémonie. Plusieurs personnalités étaient également de la fête.Une joie non dissimulée se lisait sur tous les visages, même sur ceux des handicapés physiques. Peut-être pour nous rappeler que la bienfaisance sociale, avant d’être une affaire de moyens, demeure une affaire de cœur.

Adam Berrada

L’Economiste – Édition N° 2723 du 27/02/2008

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